Wikileaks dévoile comment Microsoft a tué le Logiciel Libre dans la Tunisie de Ben Ali

Je reprends ici un article initialement publié, sous licence CC-BY, le 6 septembre 2011 par Fabrice Epelboin sur le site https://fhimt.com/. Je considère que cet article à une importance historique d’où sa reprise sur mon blog. Cet article n’est malheureusement plus accessible sur le site initial, même s’il reste disponible sur archive.org. J’ai profité de cette republication pour mettre à jour les sources encore disponibles.

Business is business, et au vu de nombreux câbles issus de Wikileaks concernant Microsoft, on pourrait ajouter, ‘Business as usual’, tant l’attitude de Microsoft en Tunisie, même si elle est jusqu’ici ce que la firme a fait de plus ‘extrême’, se retrouve aux quatre coins du monde dans un nombre incroyable de télégrammes diplomatiques.

Il se détache très nettement, après un rapide parcours dans les centaines de câbles dans lesquels Microsoft est cité, que l’entreprise – souvent alliée avec des lobbies tels que la RIAA – a été le bras armé des USA pour lutter contre le piratage, et qu’elle en a profité pour lutter contre ses concurrents, à commencer par l’open source, quitte à collaborer avec les pires régimes et les aider à renforcer leur emprise sur une population en proie à des violations systématiques de ses libertés les plus fondamentales.

En Tunisie, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une reprise en main de l’économie numérique d’un pays qui s’était pourtant engagé très tôt dans le logiciel libre. C’est à ce jour ce que Microsoft a commis de plus violent pour prendre littéralement d’assaut un secteur économique d’une nation, au point de choquer les services de l’ambassade américaine.

En un sens, et cela demanderait une étude plus poussée des câbles de l’ambassade de Tunis, le dégoût très diplomatique exprimé par l’ambassade quant à l’attitude de Microsoft face au gouvernement tunisien est sans doute l’un des éléments qui a mené les États-Unis à considérer la mafia au pouvoir avec de plus en plus de mépris, au point d’envoyer à Washington des câbles dont certains estiment qu’ils ont littéralement mis le feu aux poudres de la révolution, une fois ceux-ci rendus publics.

En théorie, accroître les capacités d’interceptions informatiques légales du gouvernement est une bonne chose, mais étant donné l’interférence notoire du gouvernement tunisien avec l’Internet, cela pose des questions sur le renforcement de sa capacité à surveiller ses citoyens. Au final, pour Microsoft, les bénéfices l’emportent sur les coûts.

Extrait du câble 06TUNIS2424 de septembre 2006

Sur la période 2006-2010, certains télégrammes diplomatiques publiés par Wikileaks lèvent le voile sur la façon dont le géant de Redmond s’y est pris pour exterminer le logiciel Libre dans la Tunisie de Ben Ali. Quatre câbles en particulier, référencés 06TUNIS1818, 07TUNIS271, 07TUNIS1286 et 08TUNIS31 permettent de lever le voile sur la façon dont le milieu de l’open source tunisien a été systématiquement mis à mal, au point d’y faire naître un courant de cyberdissidence désormais connu aux quatre coins de la planète.

« J’ai attendu avec impatience cette occasion de vous parler de la façon dont la technologie peut faire des choses spéciales, ici en Afrique »

Bill Gates, extrait de son discours prononcé au Cap le 11 juillet 2006,
le jour où il cosignait le contrat entre l’État Tunisien et Microsoft.

S’imaginer que Microsoft s’en prend exclusivement aux petites dictatures tel que le laisse penser une première lecture des câbles de Wikileaks serait une erreur ; en fouillant dans les archives de Wikileaks, qui n’a pas, loin de là, commencé avec le CableGate, on trouve des documents qui montrent comment Microsoft a sabordé l’open source au niveau européen. L’entreprise a fait de même dans une multitude de pays ; les jours et les semaines qui viennent devraient faire émerger des histoires similaires, qu’on espère tout de même moins atroces que ce qui s’est passé au pays du jasmin.

Traiter la concurrence comme un dictateur traite son opposition

Si interférer dans le travail d’une démocratie et en perturber le fonctionnement pour son bénéfice comme l’a fait la firme en Europe est une pratique courante, cela n’a strictement rien à voir avec les dérives gravissimes auxquelles Microsoft s’est livré en Tunisie, où l’entreprise a formé, en parfaite connaissance de cause, les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur et du ministère de la Justice en charge de la répression numérique.

« Il y a tellement d’exemples de choses merveilleuses qui se passent dans vos pays […] comme la transparence au sein des gouvernements qui est quelque chose de magique »

Bill Gates, extrait de son discours prononcé au Cap le 11 juillet 2006,
le jour où il cosignait le contrat entre l’État Tunisien et Microsoft.

Le temps de la transparence étant venu, Microsoft se retrouve aujourd’hui accusé de complicité du meurtre de centaines de martyrs, de la torture de milliers de dissidents, et du harcèlement de millions de citoyens ordinaires.

C’est à un viol systématique de la vie privée des citoyens tunisiens que le régime de Ben Ali s’est livré, au prix de l’abandon de la souveraineté technologique du pays et de quelques millions de dinars par an de contrats pour Microsoft. Un deal abject au point que beaucoup aux États-Unis envisagent désormais un procès. Un scandale qui, contrairement à ce qui s’était passé en mai 2011 lors de la première révélation de l’affaire dans Rue89, ne pourra être étouffé.

À l’heure actuelle, le scandale éclate en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis. Il est désormais classé dans le top de Techmeme, l’agrégateur de news le plus populaire du secteur internet aux USA, ainsi que sur Reddit, un haut lieu de la geekitute, tous deux antichambres des grands buzz technologiques planétaires. Dans le monde arabe, Al Jazeera, avec qui nous travaillons régulièrement et qui s’était déjà inquiétée de l’affaire lors de sa publication dans Rue89, est saisie du dossier et ArabCrunch a déjà publié un article. De son côté, l’Electronic Frontier Foundation, avec qui nous collaborons depuis le début sur le dossier syrien ainsi que sur la vente de matériel d’écoute par Bull à la Libye est également saisie du dossier.

Remercions également au passage nos amis de Wikileaks, qui ont Tweeté par deux fois l’article de ce week-end. Forcément, avec plus d’un million de followers, le buzz a pris à l’international de façon spectaculaire. Les serveurs de Fhimt.com ont chauffé, mais gageons que notre hébergeur sera compréhensif, et pour cause : c’est OVH, qui avait également l’an dernier refusé de couper l’hébergement de Wikileaks, pourtant réclamé – sans la moindre base légale – par Eric Besson, ministre de l’Internet français, grand ami de la Tunisie (de Ben Ali) et de l’Internet (civilisé).

Morceaux choisis, traduits d’une sélection de câbles allant de 2006 à 2010

Éliminer le libre : logiciel libre et piratage, un même combat pour Microsoft

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Le ministère des communications et des technologies a formé une alliance autour de l’industrie du logiciel avec Microsoft et a tenu plusieurs évènements destinés à faire prendre conscience des enjeux liés à la propriété intellectuelle ces deux dernières années.

Le ministère et Microsoft ont signé un accord dans les coulisses d’un atelier sur la compétitivité des pays africains organisé par Microsoft le 10 et 11 juillet 2006 au Cap. Selon les termes de cet accord, tous les logiciels [utilisés par l’État] seront mis à jour avec des versions Microsoft certifiées et le secteur sera régulé.

Microsoft fournira une assistance au secteur public et privé afin de développer leur compétitivité et renforcer la complémentarité des deux secteurs. Les spécifications futures des équipements gouvernementaux mentionneront explicitement l’obligation d’être compatible Microsoft [interdisant de facto l’usage d’ordinateurs fonctionnant sous Linux].

Un programme de formation destiné à éduquer le public sur la nécessité d’utiliser des logiciels ‘légaux’ sera également mis en place.

Un contrat mystérieux entre Microsoft et le gouvernement tunisien qui préoccupe l’ambassade

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Bien que signé en juillet dernier, aucune information ne nous est parvenue [concernant le contrat] aussi bien de la part du gouvernement tunisien que de la part de Microsoft. Malgré des demandes répétées, Microsoft ne nous a pas encore fourni de copie de l’accord final. Lors d’une rencontre en septembre avec l’attaché commercial de l’ambassade, la directrice générale [de Microsoft] Salwa Smaoui nous a fait part des principaux points de l’accord.

Depuis 2001, le gouvernement tunisien a adopté une politique favorisant l’open source, n’utilisant que des logiciels libres. Désormais, le gouvernement dans ses appels d’offres spécifiera que les équipements doivent être compatibles Microsoft, ce qui était jusqu’ici interdit pas la loi sur l’open source tunisienne.

L’accord touche également à la sécurité sur Internet. À travers un programme sur la cybercriminalité, Microsoft formera des officiers gouvernementaux, au sein du ministère de la Justice et du ministère de l’Intérieur, sur la façon d’utiliser l’informatique pour lutter contre le crime.

Lors d’un appel quelques jours avant le forum sud africain, Smaoui s’inquiétait de devoir se rendre au forum sans un accord signé dans les mains et ne pouvait pas confirmer que le représentant du gouvernement se déplacerait. Elle craignait d’avoir à annoncer à Bill Gates [qui a signé le contrat Microsoft-Tunisie] que sa présence au forum n’était pas justifiée.

Au cours de l’évènement, Khedija Ghariani, la secrétaire d’Etat à l’informatique, à l’Internet et au logiciel libre, s’est déplacée et a signé au nom du gouvernement tunisien l’accord avec Microsoft. Malgré d’épuisantes négociations, Smaoui a qualifié cet accord de ‘vital’ pour Microsoft. Le fait que le gouvernement se repose jusqu’ici sur des logiciels Open Source limitait de façon drastique le business de Microsoft en Tunisie et sa participation aux appels d’offres gouvernementaux.

Smaoui a précisé que, bien que Microsoft ait consenti à investir en Tunisie, la somme que représentent ces investissements sera inférieure à ce qu’aura à payer le gouvernement.

L’ambassade, pleinement consciente des conséquences du deal Microsoft-Ben Ali, partage son dégoût avec Washington

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Commentaire de l’ambassadeur : La réticence de Microsoft à nous dévoiler les détails de l’accord passé avec le gouvernement tunisien met en lumière l’attachement de ce dernier au secret et non à la transparence. En théorie, accroître les capacités d’interceptions informatiques légales du gouvernement est une bonne chose, mais, étant donnée l’interférence notoire du gouvernement tunisien avec l’Internet, cela pose des questions sur le renforcement de sa capacité à surveiller ses citoyens.

Au final, pour Microsoft, les bénéfices l’emportent sur les coûts.

2007, début de l’éradication du Libre : utiliser le secteur public pour mettre au pas le privé

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L’ambassadeur s’est félicité de la signature de l’accord entre le gouvernement tunisien et Microsoft, qui contraint le gouvernement à utiliser des logiciels Microsoft. Ouaili a précisé que le gouvernement travaillait dur à mettre fin à la ‘mauvaise utilisation’ des technologies et que le peuple devait s’habituer à utiliser des logiciels légaux.

A ces fins, il a affirmé que le gouvernement travaillait à la mise en place d’une alliance au sein de l’industrie des logiciels pour faire prendre conscience de cela et qu’il sponsoriserait bientôt un évènement en partenariat avec cette alliance.

En ce moment, un projet de loi est en discussion au Parlement qui précise la création d’une coopération entre le secteur privé et le secteur public sur ce modèle. Ouaili a averti cependant que cela avait demandé «beaucoup d’effort pour convaincre le gouvernement tunisien de signer l’accord avec Microsoft» et a noté que le début des négociations remontent à 1998.

Les rares règles de bonne gestion économique du pays mises à mal pour le plus grand profit de Microsoft, et pour faire barrage aux systèmes d’exploitations libres

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Des entreprises se sont également plaintes de la politique d’acquisition ainsi que des lois relatives aux appels d’offres qui donnent la préférence aux prix les plus bas et non à la qualité, ce qui les exclut de la compétition.

Une commission du premier ministère contrôle les achats et, plutôt que de chercher à savoir si un produit respecte certaines spécifications ou standards techniques, les appels d’offres sont toujours remportés par ceux qui proposent le prix le plus bas. Les compagnies américaines qui vendent des produits de qualité ne peuvent être compétitives sur le seul critère du prix.

Microsoft a donné l’exemple de l’acquisition de PC où la commission du gouvernement tunisien n’avait pas spécifié de système d’exploitation dans leur appel d’offres. Cela a résulté en l’achat de PC sous Linux, un système d’exploitation open source, qui n’est pas compatible avec les produits Microsoft.

La représentante de Microsoft a avancé l’argument que cela concourait à encourager le piratage de logiciels et que le résultat était que les PC au sein des administrations utilisaient des logiciels Microsoft piratés. Elle a enchaîné sur le fait que la Commission européenne et la Banque africaine de Développement n’acceptaient ces lois sur les appels d’offres que pour encourager le gouvernement tunisien à maintenir le principe du meilleur prix dans ses achats publics.

Les effets du contrat Microsoft freinent le développement de l’économie numérique

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[Parmi les problèmes posés aux entreprises par l’Internet en Tunisie] le fait que les exigences du gouvernement tunisien en matière de chiffrage imposent de fournir à l’autorité de certification nationale (ANCE) les clés de chiffrement est une raison suffisante pour ne pas faire d’affaires dans le pays pour les entreprises américaines qui fournissent des services où la protection des données personnelles ou fiscales est un élément critique.

Bien que la plupart des entreprises indiquent pouvoir trouver un moyen de contourner cette contrainte, elles affirment néanmoins que cette exigence [consistant à fournir la clé de chiffrement à l’autorité d’Etat] devrait être abolie.

Cet accord portant sur l’autorité de certification tunisienne, explicitement mentionné dans la section 1.2 du contrat entre Microsoft et l’Etat Tunisien, prévoit d’intégrer ses certificats automatiquement et sans en avertir les utilisateurs (contrairement à des navigateurs comme Firefox) dans Internet Explorer et de procéder à leur mise à jour automatiquement, toujours sans en avertir les utilisateurs, permettant ainsi par la suite aux agents du ministère de l’intérieur, dûment formés à la sécurité des solutions Microsoft, tel que prévu dans les articles 1.1 et 1.3 du contrat, de s’immiscer dans les profils et les emails des citoyens tunisiens en réalisant une contrefaçon des certificats de sécurité de Facebook ou de Gmail.

Durant la révolution, le gouvernement ira jusqu’à réaliser des attaques ‘man in the middle’ pour contrecarrer les plans de la cyberdissidence. A l’époque, Anonymous avait massivement distribué une documentation succincte permettant d’éviter le pire et mis au point un script destiné à contrecarrer le vol d’identité pratiqué par l’Etat tunisien.

2010 : Ammar404 dans le câble de l’ambassadeur, les USA voient la révolte monter

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Dans un appel téléphonique en date du 5 février 2010 donné par l’ambassadeur au ministre des Communications et des technologies Mohamed Naceur Ammar, ce dernier a expliqué le rôle central joué par les NTIC dans la stratégie de développement du pays.

Ammar a commencé par la description des activités de son ministère. Le ministère régule et fait la promotion des NTIC en Tunisie. Il gère l’accès à Internet à travers l’Agence Tunisienne de l’Internet et surveille son usage à travers l’Agence Nationale de Sécurité Informatique et l’opérateur téléphonique national, Tunisie Télécom.

Avant sa nomination en janvier 2010 comme ministre des communications et des technologies, Ammar a fait une carrière essentiellement académique en tant que directeur de la Haute Ecole de Communication de Tunis, et auparavant comme directeur de l’Ecole des Postes et Télécommunications de Tunis.

Sur Internet, sa nomination a été accueillie avec ironie parmi les blogueurs tunisiens dissidents : «Ammar» est le surnom, équivalent à «Big Brother», utilisé depuis longtemps par les blogueurs pour se référer à la censure frénétique dirigée par le ministère des communications et des technologies.

Un mois plus tard, la petite bande de cyberactivistes repérée par l’ambassade américaine, et dont le plus célèbre d’entre eux finira secrétaire d’Etat, organisait la première manifestation contre la censure de l’Internet et en faisait la promotion avec le seul service de partage de vidéo non censuré alors, Viméo.

Un clip qui avait permis, à l’époque, d’attirer l’attention de la communauté geek hors des frontières Tunisiennes sur les agissements de la dictature de Zaba.

Dossier Micro$oft : réunion dans le ministère des TIC

Suite à la polémique provoquée par l’annonce par le gouvernement tunisien de l’ “Adoption du principe d’un partenariat total avec Microsoft“, le ministère des technologies de l’information et de la communication a invité quelques activistes et militants du libre de différentes associations pour une réunion débat avec le ministre M. Mongi Marzouk.

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Dans l’attente du PV officiel de la réunion voici, en vrac, des points que j’ai retenu lors du débats qui a eu lieu. Ceci reflète ma vision personnelle de cette réunion et n’ai pas le point de vue officiel.

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  • Les négociations entre Microsoft et le gouvernement tunisien ont débuté depuis plus d’une année. Microsoft, essaye de forcer la main du gouvernement pour accélérer la conclusion de l’accord final. Elle a même impliqué l’ambassade US pour qu’elle intervienne. Microsoft menace même de porter plainte contre le gouvernement tunisien pour non respect des droits d’auteurs. Alors que, normalement, c’est au gouvernement tunisien de porter plainte contre cette société pour son implication dans la surveillance des citoyens tunisiens et la censure lors de l’époque de ZABA.
  • Microsoft estime, en suivant les appels d’offres, que le parc informatique des institutions publiques est composé de 34000 PC dont 15000 sont sans licence pour le système. 35% de ces 15000 PC utilisent aussi la suite bureautique sans licence. Elle exige que le gouvernement règle ces licences sur une période de 3 ans et que le gouvernement doit faire ces achats futurs en exigeant que leur système et leur suite bureautique soient achetés avec une licence originale. Le prix par licence n’est pas encore connu, ou le ministère ne veut pas l’annoncer actuellement. Pour rappel dans le contrat de 2006-2011 le prix d’une licence était de 170$ pour plus de 70000 PC. Un prix exorbitant par rapport à d’autres contrats signés par la même société avec d’autres gouvernements, on parle de 15$ par licence pour le Brésil. Sachant aussi que Microsoft paye des universités pour que ces dernières enseignent avec leurs produits.

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  • Le ministère de l’éducation a déjà arrivé à un accord avec Microsoft pour avoir une licence à 2.5$ par installation. Alors que le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique n’a pas arrivé à un accord et entame un processus de migration vers les solutions libres, faute de moyens et non pas par conviction comme je l’avais prédit. D’ailleurs un programme national de formation des agents du ministère sera lancé avant le début de la prochaine année universitaire.
  • Nous avons aussi signalé à M. le Ministre que vu la position de notoriété du ministère par rapport au gouvernement dans le domaine des TIC, et vu ce qui s’est passé lors de la signature du contrat avec Microsoft en 2006, une foi le ministère des TIC aurait signé, il va y avoir un raz de marré (de la part des DSI des ministères et des structures publiques) de contrats de grès à grès et d’appels d’offres orientés Microsoft en se référent à cette signature.
  • Le ministère a demandé l’appui de la communauté et des experts pour fixer une stratégie nationale qui permettra, à court terme, de limiter la dépendance du gouvernement vis-à-vis de Microsoft, voire la rompre totalement en assurant une migration étudiée et efficace vers des solutions libre. Des projets pilotes seront mis en place d’ici peu où le soutien de la communauté sera très important.

La route est longue mais la voie est libre.
Affaire à suivre …

Finalement le gouvernement signe avec Micro$oft

Dans mon dernier article “Micro$oft jetée par la fenêtre de l’université tunisienne !” j’avais émis des doutes sur les motivations du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique quand à ça recommandation de privilégier l’utilisation des logiciels libres dans les institutions universitaires tunisiennes.

La réponse n’a pas tarder à parvenir et on apprend aujourd’hui, dans la page officielle du gouvernement qu’une session de travail ministérielle consacrée à l’étude du dossier du contrat avec la société Microsoft a eu lieu le 26 juin 2013.

Voici une traduction* de l’annonce :

Session de travail ministérielle consacrée à l’étude du dossier du contrat avec la société Microsoft : Adoption du principe d’un partenariat total avec Microsoft sur la base d’un programme intégré.

 

M. Ridha Saidi, Ministre auprès du Premier ministre chargé des finances, a assisté hier soir (ndlt 26 Juin 2013) au palais du gouvernement à la Kasbah, à une session de travail ministérielle consacrée à l’étude du dossier du contrat avec la société Microsoft.

 

À l’issue de cette session, une recommandation a adopté le principe de partenariat global avec Microsoft sur la base d’un programme complet qui assure l’intégration des projets et des programmes de l’administration et des  ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et de la formation professionnelle et l’emploi, d’une part et d’autre part, les programmes capables de promouvoir le développement du secteur de Technologies de l’information et de la communication en Tunisie.

 

La session a également approuvé la création d’un comité directeur regroupant tous les ministères concernés et avec la participation du Premier ministère qui aura pour mission la mise au point d’un dossier complet en vertu de la loi d’orientation n°13 du 19 février 2007, relative à l’établissement d’une économie numérique, la loi n°1290 du 28 mai 2007, relative aux règles et aux procédures de signature des accords de partenariat dans le secteur de l’économie numérique, et la loi n°2019 du 23 juin 2009 qui la modifie, et de le présenter à un conseil ministériel dans les plus brefs délais.

 

République tunisienne
Présidence du gouvernement
Services du conseiller en communication
Tunis le 27 juin 2013

 

* : traduction collaborative par la communauté.

MAJ (05/07/2013) : Rien n’est encore signé entre le gouvernement et Micro$oft. Les négociations sont encours.

Quelques réactions à chaud :

Micro$oft jetée par la fenêtre de l’université tunisienne !

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Il y a quelques mois j’ai parlé d’une lettre envoyée par le ministère de l’enseignement supérieure et la recherche scientifique à tous les établissements universitaires en Tunisie afin de “spécifier leur besoins en systèmes et applications Microsft. Aujourd’hui, MIRACLE, c’est une autre lettre qui est envoyée aux différentes instituions universitaires recommandant le déclenchement d’un processus de migration vers les logiciels libres.

Est-ce par conviction ? nos “décideurs” ont-ils finalement compris l’intérêt d’utiliser les logiciels libres dans l’éducation ? Malheureusement non ! est c’est encore une affaire de $ ou plus-tôt une affaire de dinars – par millions. En effet le contrat liant Microsoft au ministère n’a pas était renouvelé faute d’accord sur le prix forfaitaire pour les licences des différents produits de la firme de Redmond.

L’histoire se répète ? Peut être, mais j’espère me tromper :-/

D’après mon analyse, tout laisse à croire que cette nouvelle recommandation n’est qu’une nouvelle manœuvre de chantage entre le ministère et Microsoft pour que cette dernière baisse les prix voir encore plus. En effet, il ne faut pas oublier qu’au début des années 2000 le gouvernement tunisien sous Ben Ali a déclenché tout un programme national de migration vers le libre, des centaines d’enseignants universitaires ont était formés et certifiés, création du secrétariat d’État à l’informatique, à l’Internet et au logiciel libre, etc. Finalement, grâce à Wikileaks, nous avons découvert que ce projet d’envergure nationale n’était en fin de compte qu’un chantage pour que Microsoft accepte, entre autres, de “former des officiers gouvernementaux, au sein du ministère de la justice et du ministère de l’intérieur, sur la façon d’utiliser l’informatique pour lutter contre le crime.” (06TUNIS2424). Ce qui signifie en des termes plus compréhensible : aider la dictature à surveiller et contrôler ses sujets.

Enseignement supérieur : Jetons notre argent à la fenêtre

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Une lettre envoyée par le ministère de l’enseignement supérieure et la recherche scientifique à tous les établissements universitaires en Tunisie afin de “spécifier leur besoins en systèmes et applications Microsft“.

LettreEst ce la fameux accord signé en 2006, entre le gouvernement de Ben Ali et Micro$oft qui est toujours en vigueur ? Ou c’est un autre accord signé post-révolution ? Car à ma connaissance l’accord de 2006 prend fin en 2011. Pour rappel l’état Tunisien a payé, en 2009, 7,8 millions de dinars et 6,3 millions de dinars en 2010 pour l’acquisition des licences des produits Microsoft (source). Des millions de dinars jeter à la firme de la fenêtre.

N’est il pas temps que nos instances nationales et surtout le ministère de l’éducation et le ministère de l’enseignement supérieure et la recherche scientifique investissent dans des solutions durables avec forte valeur ajoutée basées sur les logiciels libres ?

Conférence Nationale sur les Logiciels Libres en Tunisie : La communauté s’indigne

Après une trêve d’une année, révolution exige, le Ministère des Technologies de l’Information et de la Communication annonce la tenue de la 7ème édition de la Conférence Nationale sur les Logiciels Libres en Tunisie. Cette première édition post-révolution ne laisse pas indifférent la communauté du libre en Tunisie qui qualifient cette conférence comme “de la poudre aux yeux” qui cache des accords passés en grès à grès avec Microsoft et exigent, entre autres, l’ouverture d’un débat impliquant les acteurs du libre en Tunisie pour étudier le coût de ce genre d’accord et l’apport des solutions libres.

Voici le texte envoyé à la communauté :
Durant le Microsoft Governement Leaders Forum qui s’était tenu en Afrique du Sud les 11 et 12 Juillet 2006, le Gouvernement ZABA (Ndr : pseudo de Zine El Abidine Ben Ali) et Microsoft Corporation ont signé un accord de partenariat qui prévoit des INVESTISSEMENTS de Microsoft en matière de formation, de recherche et de développement, mais engage également le Gouvernement Tunisien à utiliser des logiciels Microsoft sous licence [1][2]. En dépit des demandes répétés de la communauté OpenSource, Microsoft n’a pas fourni une copie de l’accord final et de même pour le gouvernement Tunisien. Cet accord a été suivie de plusieurs accords de structures publiques pour un montant total de plusieurs dizaines de millions de Dinars (de 2007 à 2011)[3]. Après la révolution, alors que le peuple Tunisien fait face à sa plus grande crise, le gouvernement Ghannouchi signe un marché de grès à grès avec Microsoft pour 6 millions de Dinars. Le ministère des TIC, le CNI, Tunisie Télécom …. etc font partie des structures publiques qui ont étaient les vecteurs de facilitation et d’exécution de cet accord qui a ENTRAVE LA LIBRE CONCURRENCE ET EMPÊCHE LE DÉVELOPPEMENT DE POTENTIEL DE LA JEUNESSE BASE SUR L’OPENSOURCE.
En plus, grâce à un programme sur la cybercriminalité, Microsoft a formé les représentants du gouvernement au sein des ministères de la Justice et de l’INTERIEUR à l’utilisation des ordinateurs et de l’internet pour lutter contre la criminalité. Tous les internautes connaissent la suite: piratage des comptes facebook et de la messagerie web par Ammar404 (Ndr : pseudo donné par les Tunisiens à l’appareil de censure) lors de la révolution.
Chaque année, le ministère des TIC organise un séminaire OpenSource comme “de la poudre aux yeux” pour aller plus profondément avec Microsoft, avec la bénédiction des responsables de l’OS du ministère. D’ailleurs, ironie du sort, Microsoft a été l’un des principaux sponsor de ces séminaires.
Lors de la visite de Mme Hilary Clinton en Tunisie, c’est à la chaîne TV Nessma qu’elle accorde un interview car Nebil El Karoui (celui qui a dit “Baba le7nin” à ZABA) est le mari de Saloua Smaoui PDG de Microsoft Tunisie en ce temps. Durant l’interview, Mme Clinton n’a cessé de faire l’éloge de Microsoft, allant jusqu’à conditionner l’aide à la Tunisie en TIC par le passage à travers Microsoft.
Nous demandons à tous les acteurs du libre qui vont assister au séminaire OpenSource du 29 Mars 2012 d’exiger ce qui suit:
A – Au gouvernement de mettre sur pied une commission d’experts diversifiée (juridique, technique, commerciale, politique, sécurité …etc), indépendante de l’administration, indépendante des constructeurs et des éditeurs logiciels pour:
* Nous éclairer sur les circonstances de la signature de cet accord, aussi bien avec l’état qu’avec les structures publiques dans le cadre du grès à grès, d’appel d’offre ou de consultations où sont spécifiés explicitement des produits Microsoft (avant ou après la révolution).
* Faire un Benchmarking sur le coût des licences appliqués par cet accord au contribuable Tunisien par rapport à des accords similaires avec d’autres pays.
* Se prononcer sur la validité juridique de cet accord par rapport à la loi sur la libre concurrence.
* Évaluer à leur juste valeurs les réalisations promises par Microsoft dans cet accord.
* Publier les noms des personnes qui ont été formées au USA, avec leurs lieux de travail et le “plus valu” qu’ils ont apporté en Tunisie suite à cet accord.
* Évaluer l’impact macroéconomique sur l’administration tunisienne et l’écosystème des TIC suite à l’exécution opérationnelle par le CNI (Ndr : Centre National de l’informatique) de cet accord.
B – Le gouvernement doit nous indiquer le cadre et le coût de location du bâtiment cédé par le Parc Technologique au MIC (Microsoft Innovation Center) et la raison de la non existence d’autres centres équivalents pour d’autres constructeurs ou pour l’OpenSource.
C – Le gouvernement ou ces structures publiques et parapubliques ne doivent plus signer un accord pareil sans OUVERTURE A LA CONCURRENCE TECHNOLOGIQUE.
D – Le ministère des TIC doit publier ces réalisations suite aux recommandations des séminaires sur l’OpenSource tenues précédemment.
E – L’observatoire des marchés publiques doit publier les appels d’offres et les consultation depuis 2007 dans lesquels est spécifié explicitement des produits Microsoft.